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"Malgré une plus grande conscience écologique, bon nombre de gens ne modifient pas leurs habitudes"

Spécialiste des transports, Timo Ohnmacht nous parle de billets d’avion trop peu coûteux, d’objectifs climatiques ambitieux et de l’impact de l’individualisation de nos modes de vie sur la mobilité.

Aujourd’hui, chacun entend avoir son style de vie individuel. Le mot-clé: «liberté de choix». En quoi cela se reflète-t-il dans le domaine de la mobilité?
Elle devient plus multimodale et plus variée. En d’autres termes, nous avons le choix, au quotidien, entre un nombre toujours croissant d’offres provenant d’un nombre de prestataires également croissant. Le développement de votre entreprise Mobility en témoigne. Alors qu’autrefois il fallait systématiquement ramener les véhicules à leur emplacement de départ, les utilisateurs peuvent maintenant choisir entre le free-floating, le covoiturage et même des scooters électriques. Je trouve ces progrès positifs, car il est urgent que de plus en plus d’individus soient désireux de partager.

La Suisse est pourtant déjà numéro un en matière de partage?
Dans notre pays, 3% des personnes qui détiennent un permis de conduire utilisent le car sharing. À l’échelle internationale, c’est un excellent pourcentage, mais pour un pays qui possède un réseau de transports publics si bien développé et des offres de partage aussi nombreuses, je trouve que c’est trop peu. Il y a définitivement encore de la marge, et cela est d’autant plus nécessaire que chaque contribution au tournant énergétique est la bienvenue.

La Confédération souhaite réaliser le tournant énergétique conformément à l’accord de Paris d’ici 2050. Est-ce réaliste ou n’est-ce qu’un tigre de papier?
L’un des points centraux de la stratégie énergétique consiste à réduire les émissions de CO2 à 1 tonne par an au maximum par habitant. Sachant qu’un simple vol aller de Zurich à Bangkok dépasse cette valeur de 50%, on voit bien à quel point les objectifs sont ambitieux. Comprenez-moi bien, cette stratégie est juste et nécessaire, et les États font déjà un certain nombre de choses dans ce sens. Mais cela ne suffit pas encore: nous avons besoin de plus de dispositions générales et de réglementations dans les domaines les plus divers, y compris dans celui de la mobilité.

"Je pense qu’il existe un grand potentiel dans un mode de vie où l’on a moins besoin de se déplacer."

Timo Ohnmacht, spécialiste des transports

Et nous en revenons à la liberté de choix: vous ne croyez donc pas que les individus sont prêts à modifier leurs habitudes de consommation pour le bien de l’environnement?
L’idée de l’environnement s’ancre heureusement de plus en plus dans les esprits, d’autant plus que les débats sociétaux et politiques à ce sujet battent leur plein. Je pense que, aujourd’hui, chacun a conscience que ses décisions personnelles ont un impact positif ou négatif sur l’environnement. En dépit de cela, bon nombre de gens ne modifient pas leurs habitudes, en d’autres termes, ils ne passent pas à l’action. C’est pourquoi je suis convaincu qu’il faudrait accélérer le changement grâce à de nouvelles dispositions générales.

Comme des taxes sur les billets d’avion?
Oui, par exemple. Quand je peux me rendre à Londres et revenir pour 50 francs, c’est un prix qui ne correspond pas à la réalité. Il serait important ici qu’autant de pays que possible tirent à la même corde, sinon, les voyageurs se reporteront simplement sur les aéroports du pays voisin. D’une manière générale, on peut dire que la mobilité est trop peu coûteuse, y compris la circulation automobile et les transports publics. Toutefois, agir seulement sur les prix ne va pas assez loin.

Que pourrait-on faire encore?
La société et l’État peuvent faire beaucoup encore pour la mobilité de l’avenir. Je pense par exemple qu’il existe un grand potentiel dans la création de zones d’habitation urbaines où il est possible de travailler et de faire ses courses, et où l’on trouve différentes offres de restauration et de loisirs, comme le projet du nouveau quartier Himmelrich à Lucerne. Cela permet un mode de vie où l’on a moins besoin de se déplacer. L’individualisation de notre monde du travail va également dans cette direction: home office, co-travail et autres réduisent le trafic pendulaire.